Dimanche 14 novembre 7 14 /11 /Nov 18:38

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Siii! Vous ne rêvez pas! J'y suis arrivée! J'ai réécris ce chapitre qui était tellement parfait avant d'être bouffé par un virus!

Alors forcément, la qualité est moindre, ce sera juste passable, mais j'ai réussi! Bon dieu quelle victoire!

Vu que je suis un peu crevée, je vais zapper l'intro de cinquante ligne habituelle. Juste quelques petites choses:

-Allez lire les défis!

-Essayez d'en faire, qu'on rigole un peu!

-Pensez à faire un tour sur les blogs amis, il y a une petite nouvelle qui mérite d'être lue, et puis plein d'autres que vous devez découvrir ou redécouvrir!

 

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{les deux photos sortent de je sais plus quel dossier de travesti sur homotography, je les trouve magnifiques ^^)

 

Si entre deux majs vous êtes trop impatientes, allez lire les DNA, c'est plein d'excuses bidons pour vous faire patienter.

Allez zou ta gueule la créa!

 

Ceci est un chapitre du point de vue d'Ambre, et JE SAIS que les flashs backs ça vous emmerde, moi aussi, je déteste les lire. Mais quand on est "auteur" on aime Aussi causer du passé mystérieux de nos personnages. Alors faites les hypocrites pour une fois, et appréciez =)

Bisous, je vous aime. {Ouai enfin j'aime les quelques survivors qui trainent dans le coin!)

 

Chapitre 17:

 

J’ouvre les yeux sur une salle trouble. Entre fumée et vapeur d’eau, les faibles rayons des flammes dans les bougeoirs paraissent verts, oranges, rouge et or, et chaque particule de lumière se reflète sur les gouttes d’eau, parant la pièce de mille diadèmes aux pierres enchanteresses. Les bassins d’eau chaude et la roche qui les entoure se teintent de mille couleurs chaudes et hypnotisantes. Les corps sont sublimés par le faible éclairage, sculptant chaque défaut comme un bijou dont on se pare sans honte, la sueur et l’eau les fait scintiller, leurs mouvements alourdis par les effluves d’encens sont comme transformés : les muscles se détendent, les gestes des plus nerveux deviennent langoureux, précis, dôtés d’une grâce qu’ici seul ils font preuve.

Mes lèvres s’entre ouvrent et j’aspire une bouffée d’air humide, chaud, et parfumé qui roule sur ma langue. Une goutte de sueur glisse entre mes yeux et je repousse d’une main les cheveux d’un blond trop clair qui obstruent ma vue. Mes doigts se crispent une seconde sur le torse que je pétrissais auparavant. Quelque chose ne va pas. Et ce quelque chose je le connais. Une réminiscence du passé. Pourquoi faudrait-il que cela arrive maintenant que je suis heureux ?

Mon ventre se tord et mon souffle se coupe. Je suis comme trop éveillé à cet instant. Comme si j’étais le seul à avoir une capacité de réflexion accélérée dans la salle.

D’un mouvement je me redresse du rebord de pierre immergé sur lequel mon partenaire et moi somme installés. L’eau glisse sur ma peau et n’atteint plus que mes genoux, pourtant je n’ai pas froid. La verge encore dure de l’homme entre mes jambes retombe contre son ventre, et s’il n’y avait eu l’eau l’entourant, aurait fait un bruit de succion mouillée que j’aurais adoré entendre.

Je lève une jambe et me hisse sur le rebord du bassin lorsqu’une main s’enroule autour de ma cheville.  Je me retourne, enroulant un tissu crème qui parait doré sous la lumière autour de mes hanches, et sens son visage se presser contre la chair de mes mollets ses doigts malaxant ma peau comme l’on apprécierait la fermeté et la douceur d’un fruit, sachant très bien qu’en dessous se trouve le jus le plus sucré qu’il soit.

-Je reviens, je souffle en me détournant et dégageant mes jambes de son emprise.

J’avance de quelques pas, enjambe le corps d’un homme alangui, profitant de la pierre chaude après avoir pris du plaisir, les traces de sa jouissance encore sur son torse, et me baisse pour passer sous l’arche de plantes tropicales qui mènent à une autre partie de la salle de bains. Enfin, j’atteins les lavabos de cuivre,  et m’asperge le visage d’eau fraiche avant de me redresser et d’essuyer la buée matifiant la glace. 

Mes yeux m’apparaissent décalés sur mon visage. Trop gris. Aux iris bien trop grands, aux pupilles pas assez dilatées pour l’obscurité ambiante. Presque argentés. Presque inhumains.

Mon doigt se pose sur ma joue et je me fixe encore.  Presque une anomalie de la nature.

Deux mains chaudes glissent sur ma taille et je laisse tomber ma tête en arrière, sur une épaule que je connais, qui me soutient et m’a toujours soutenu. Sur quelqu’un qui m’a accepté. Comme je suis, comme cette autre espèce à laquelle j’appartiens. Qui me voit.

-Ambre, tout va bien ? La voix d’Indigo se fait rauque à mon oreille, et son souffle saccadé me donne l’idée qu’il a abandonné une activité plus intéressante pour venir me secourir.

-Oui. Je réfléchis, c’est tout.

-Avec la couleur de tes cheveux, tu sais bien que tu ne devrais pas.

Je l’entends rire à sa blague et mon cœur se réchauffe instantanément. Je m’apprête à sourire, mais mes yeux croisent ceux de mon reflet. Vides.

Et soudain tout se brouille tout disparait. Et je revois les mêmes images qu’à chaque fois. Comme si je ne pouvais aller de l’avant sans que ces horreurs se rappellent à moi.

Il fait jour. Les rayons du soleil passent par la fenêtre pour venir frapper la moquette à quelques centimètres d’où je suis assis. Mes doigts s’enfoncent dans l’épais tissu beige sale et je peux le sentir tiédir là ou il est éclairé. Mes jambes encore potelées de l’enfance s’étendent devant moi, de petites chaussettes à motifs entourent mes pieds jusqu’à la moitié de mes mollets. Si petits. Tellement petits. J’ai sept ans. Un livre ouvert repose à mes côtés. Ses grandes images colorées n’ont pour spectateur qu’elles même. Moi, je fixe autre chose.

Dans mon champ de vision, le bas du fauteuil brun paternel. Un cendrier à pied, autour duquel la moquette est grise de cendres perdues. Et les jambes de mon père. Ses pieds enfoncés dans ses épais chaussons bleus, un trou de cigarette dans la couture de celui de son pied droit.

Les jambes nues jusqu’au genou de mon père. Il fait chaud, c’est l’été. Il porte une espèce de bermuda kaki, le genre de vêtement de randonnée, bien confortable. Bien large. Du type qui baille à la moindre occasion et qui ne cache pas grand-chose.  Nous y voilà. D’où je me tiens je vois le bas de ses jambes nues, sa main qui fait des allées et venues entre l’accoudoir, ses lèvres, et le cendrier, et surtout… Surtout…

Cet espace entre son genou et le siège, ce petit espace qui dévoile la peau de sa cuisse mate, qui suggère encore tant de surface de peau à parcourir du regard mais qui s’éclipse de ma vision et s’engouffre dans l’obscurité.

Je l’entends soupirer. Il est fatigué. De plus en plus chaque jour. A cause d’un combat qu’il ne devrait pas avoir à mener. Un combat qui oppose ses sentiments et sa bonté d’homme d’honneur, d’homme droit et de père aimant à ceux, contradictoires qu’il ressent lorsque je suis dans les parages. Sept ans qu’il tient. Cinq ans de souffrance. Je le sais, je le sens. Sa douleur est palpable. Son labeur est sans fin. Il va craquer il est humain. Et plus je le sens, plus inconsciemment je le suis, le harcelant de ma présence innocente comme un chat dans une cuisine alors que le poulet est presque prêt.

Ses doigts tremblent alors qu’il fait tomber sa cendre dans le cendrier. Cinq années qu’il passe à m’écarter des autres hommes. Des collègues, des voisins, des maitres d’école, des réparateurs et des passants. Cinq années qu’il s’éclipse lorsqu’il se sent à bout. Cinq années qu’il revient à temps pour m’extirper des griffes de ma mère impassible alors qu’elle maintient ma tête sous l’eau tandis que je me débats.

Tout ce temps à m’aimer comme le merveilleux père qu’il est et non comme un amant.

Sauf que chaque jour la faim en moi se décuple.  C’est comme une famine. Une douleur sourde avec laquelle j’ai vécu depuis ma naissance et que je ne sais comment satisfaire. Sinon me laisser aller dans la direction que mon corps me montre.

Et pour l’instant, ma main se tend vers ses pieds, mes ongles crissent sur le tissu bleu de ses chaussons, mes doigts ondulent à travers les poils de ses mollets, et remonte… Remonte… Le pli du genou… Le tissu se plisse et…

Et deux jours plus tard, celui que j’appelais « père » se pendait à la tringle du rideau de ma chambre, après m’avoir demandé pardon pendant des heures, écroulé au pied du lit sur lequel je reposais, comblé pour la première fois.

Il n’y a que depuis que je connais Indigo que j’ai saisi toute l’horreur du désir charnel chez un enfant pré pubère. Et encore, je n’arrive pas à ressentir cette répulsion, ce dégoût viscéral dans lequel ont baigné tous ceux qui m’ont approché avant mes quatorze ans.

Et Dieu et Diable savent qu’il y en a eu beaucoup.

Aujourd’hui, je me souviens de la peine que j’ai ressentie à perdre celui qui m’a aimé si longtemps sans me toucher. Le seul, l’unique à m’avoir protégé de tout, même de moi.

Aujourd’hui… Aujourd’hui je me hais au souvenir du premier geste que j’ai fait lorsque j’ai compris qu’il était mort.

Je revois clairement, comme un dessin macabre, ma main si blanche se tendre dans l’obscurité, traverser un rayon de lune qui faisait paraitre la pièce bleue, et tenter d’atteindre cette forme qui tendait le pantalon de son pyjama. Cette érection mortuaire que j’aurais du éclipser de ma mémoire au profit de son visage torturé.

 

Après sa mort je n’eus plus jamais faim. Mais personne ne m’aimât jamais comme lui. D’un amour filial sans que nous n’ayons la moindre parcelle d’ADN en commun. Et chaque jour qui passait me laissait un goût sur la langue, pas un goût amer, une saveur vraiment immonde, comme si toute mon âme se soulevait contre ma nature.

 

Les années défilèrent, entre nuits passées entre les bras de routiers, de mes professeurs, et celles de terreur dans ma propre maison. Personne ne s’était jamais étonné de ma présence dans cette famille. Personne ne s’était jamais posé la moindre foutue question sur le fait que mes parents aient pu donner naissance à un enfant au teint de lune et aux cheveux d’argent alors qu’ils étaient bruns au teint mat.

Le fait que ma sœur ait un mois d’écart avec moi non plus. Chaque fois que le sujet était abordé d’une façon ou d’une autre, les occupants de la pièce se transformaient en poupées. Des poupées automatiques qui soudainement semblaient d’une sérénité à toute épreuve lorsqu’elles changeaient fermement de sujet. Non. Elles ne changeaient pas de sujet, c’était comme s’il était effacé de leurs esprits. Et je restais là, figé, sans comprendre, à prendre entre mes cuisses chaque homme ou jeune garçon qui passait près de moi.

Lorsqu’ils étaient forts, ils fuyaient loin de mon quartier après avoir cédé. Lorsqu’ils avaient un tant soit peu de sens moral, ils se réfugiaient vers l’Eglise, se tuaient ou venaient me revoir pour s’excuser et échouaient. Quoi que l’on puisse croire, les hommes qui couchent avec des enfants ne sont pas si nombreux que ça. Et les quelques uns que j’ai pu croiser ont vite compris qu’entre eux et moi c’était moi le prédateur. Ils étaient ma nourriture, mon moyen de survie, leur plaisir était mien, leur corps était mien, leur jouissance m’appartenait. Et je jubilais de leur visage défait alors que je prenais le dessus et les chevauchais sans hésitation plutôt que de les laisser me prendre comme l’enfant perdu et tordu de douleur que j’aurais du être.

 

Ce fut lorsque j’eus quinze ans que tout changea. Enfin… Que tout évolua.

J’avais depuis longtemps appris à éviter les hommes qui approchaient ma famille, les futurs amants, amis, maris de mes sœurs ou de ma mère. Mais manque de chance pour elles, pour eux, et aussi pour moi, leur présence un peu trop fréquente faisait souvent qu’eux et moi craquions. Et c’est ainsi qu’un jour pluvieux d’avril, je me réveillais enfermé dans le grenier de la maison, glacial, sale, et désespérément vide, comme depuis maintenant vingt jours. Ou vingt cinq. Je ne savais plus.

Mes yeux secs se dirigèrent douloureusement vers le vase que j’avais placé sous la fenêtre pour récupérer l’eau de pluie, et je me trainais jusque là pour boire à grandes gorgées.

Cela faisait une semaine que je m’étonnais de la résistance de mon corps. J’avais compris depuis quelques années que je pouvais tenir deux semaines sans manger sans en mourir, vu le nombre de fois que ma famille m’enfermait dans la cave lorsque je descendais faire mon linge. Et la déception sur leur visage lorsqu’à chaque fois elles ouvraient la porte concurrençait largement mon étonnement d’être en vie.

Bien sur, l’eau était indispensable, mais la nourriture non. Forcément je perdais du poids, mais n’en mourrais pas. Sauf qu’en ce jour d’avril, je sentis que j’avais atteint ma limite. Tout mon corps se tendait désespérément à la recherche d’un contact avec le sexe opposé. Et définitivement non, la masturbation ne comptait pas.

Je me laissais aller à l’agonie, mes muscles parcourus de chocs nerveux. J’allais crever là, comme la dernière des catins enfermée dans un grenier parce qu’elle devient gênante.

Quelle honte. Quelle rage. Et quelle fin de vie ridicule.

La porte était renforcée, les cloisons donnaient sur le toit, et le plancher avait refusé de céder depuis presque un mois. Je ne voyais plus qu’une solution.

Et mon regard se tourna vers le ciel gris qui déversait une pluie froide en continu.

Non, je me fis une raison. Autant mourir là, plutôt que de me vautrer du haut du toit en nourrissant l’espoir de m’en sortir.

 

Mon souffle se faisait erratique.  Faible… et erratique. C’était dur à combiner, et d’autant plus douloureux.

Lorsqu’enfin je laissais mes paupières se fermer, j’entendis sonner à la porte. Une fraction de seconde plus tard mes yeux étaient prêts à sauter de leurs orbites, et mon torse se gonflait d’air.

Des hommes. Plusieurs. Peut-être deux. Non trois.

Mon corps par réflexe se tendit vers la porte du grenier.

« Non… Le toit. »

 

Il doit être quatre heures. Une odeur de thé et d’immondes muffins embaume certainement tout le rez de chaussée.

Sans doute un père et ses deux fils, ou deux amis et le père de l’un deux, ou trois inconnus.

Il est quatre heures, on doit être dimanche, ils sont sans doute assis sur le canapé du salon.

Il est quatre heures, il pleut, et les toits glissent comme s’ils étaient recouverts d’une mousse gorgée d’eau. De la vase peut-être.

Il est quatre heures et putain, le sol était loin.

Maintenant que j’ai le nez dans l’herbe et la terre spongieuse, je le trouve beaucoup trop près.

Je relève la tête et ma nuque semble prête à céder. Je regarde à gauche, à droite. L’abri du jardin est plus près que la porte d’entrée.

Mes muscles se tendent une seconde et je m’écroule. Ramper, c’est pas si mal en fait. Ma cheville me fait un mal de chien.

Une demi heure passe. Je suis couvert de boue. L’abri n’est plus qu’à un mètre et la pelouse devrait être tondue. J’entends un claquement de porte et une délicieuse odeur vient à moi.

Enfin.

Je roule sur le dos et relève légèrement la tête. Ils sont trois, sortis fumer le cigare du dimanche.

La fumée disparait entre les gouttes d’eau tandis qu’ils se serrent sous le porche pour éviter la pluie.

Des rires gras résonnent . Qu’ils tournent le regard par ici !

Je me sens défaillir et lorsque mes yeux se r’ouvrent, c’est pour tomber nez à nez avec mes sauveurs.

-Eh là gamin ! Ouvre les yeux !

J’étais sauvé. Et à peine l’un eut touché ma peau que je me sentais revivre et mes jambes s’enroulaient  autour de ses hanches comme un étau. Mais ce n’était pas assez, il me les fallait tous. Tout les trois. Peut importe qui ils étaient, à quoi ils ressemblaient. Ce qu’ils voulaient à cet instant c’était moi, et uniquement moi, et ça parce que je le voulais.

Nous fûmes pris sur le fait. Une petite demi heure plus tard. Assez longue pour que je gise allongé sur la terre meuble, comblé, comme un amateur de gastronomie après un repas dans un quatre étoiles. Mes jambes pleines de foutre et de boue étaient légèrement repliées, écartées sans gène et un liquide chaud et poisseux glissait de ma joue à mon cou.

Mon cerveau était abruti par la satiété. Aussi je ne m’aperçus du changement de partenaires que lorsqu’un marteau entra en contact avec ma bouche. Ma tête vola littéralement en arrière et le hurlement de douleur que je voulus pousser fut coupé par le vomissement de sang qui émergea de mes lèvres. Je roulais sur le ventre et laissais ma bouche béer tandis que dents, salive et sang glissaient tristement sur la terre de la cabane. La douleur était si diffuse dans mon visage que les larmes obstruaient ma vue sans que j’eusse la moindre intention de pleurer.

Mes ongles s’enfoncèrent dans le sol et enfin le cri de souffrance retenu par mes hoquets put sortir.

Long, rauque, presque animal. Le genre de cri d’agonie qui me hante encore aujourd’hui alors que c’est moi qui l’ai poussé.

Un haut le cœur me pris lorsque le pied de ma mère s’enfonça dans mes côtes, puis dans mon ventre, et les poings de mes sœurs dans mon visage.

Folles. Ce fut le seul mot qui me vint à l’esprit. Elles par contre eurent tout le temps de me qualifier de monstre, de bête, de démon, de chienne et de faire trois fois le tour du dictionnaire avant de me lâcher et de se diriger vers un seau d’eau pour se nettoyer. Otant le sang de leur visage avec la délicatesse d’une future mariée nerveuse et apprêtée. Les cols furent remis en place, les chemises lissées, de charmants gloussements se firent entendre et leurs pas joyeux et insouciants s’éloignèrent de la cabane. Je compris que j’étais devant le même phénomène que l’attrait qu’éprouvaient les hommes pour moi, et la béatitude dont faisaient preuve ceux qui relevaient l’étrangeté de mon existence.

J’ouvrais les yeux sur un abri vide. Ca devait être la huitième fois que je défaillais aujourd’hui.

J’étais sur le ventre, et je repliais mes genoux sous moi pour me redresser. Une douleur fulgurante traversa mon corps du bas de mes reins jusqu’à ma nuque et je serrais les dents. Ou plutôt j’essayais et les moignons encore présents dans ma bouche s’entrechoquèrent avec mes gencives en lambeaux.

« Hie he herhe huhin ». Ce que j’avais voulu dire c’était « vie de merde, putain ». Je me redressais sur mes jambes tremblantes et baissais les yeux vers mes cuisses maculées de boue et de sang séché. A peine l’eus je pensé que de nouvelles coulées d’un rouge plus vif s’ajoutèrent au dernières et ma main partit entre mes fesses retirer un petit quelque chose qui n’aurait pas du y être.

Une vis. Sans déconner. Je fixais l’objet à la lumière d’un rayon de réverbère qui pénétrait dans la cabane. J’étais sceptique. La douleur était terrible. Et si elles s’étaient amusées à me torturer pendant mon inconscience,  je devinais que je devais être dans le pire des états. Il n’y avait plus qu’à espérer que ce qui avait décidé que j’attirerais les hommes, rendrait les femmes pleines de haine avait prévu un petit quelque chose pour la résistance à l’hémorragie.

Une heure plus tard, je me trainais le long d’une route en direction d’un arrêt de bus. Oh bien sur je marchais. Mais à la vitesse d’un vieillard boiteux. Voire pire.

Je m’approchais de l’abribus et distinguais une autre silhouette avachie sur le banc, un gros sac à ses pieds. La lumière du néon clignotant me fit apercevoir des cheveux d’un châtain lumineux, un teint doré comme celui d’un surfeur, et surtout, une aiguille plantée dans un avant bras, juste avant que le jeune homme ne me remarque. Je m’affalais contre la vitre et contemplais rapidement mon reflet. A part avoir l’air de m’être fait tabasser, j’avais l’air plutôt normal. Pas trop de sang.

Lorsqu’il me vit, il fit un bond en arrière, se plaquant contre le coin de l’abribus, s’emmêlant les pieds dans son sac. Je tournais des yeux interrogateurs vers lui et le vis appuyer sa tête contre la vitre pour lever les yeux au ciel et se répéter comme un mantra.

-C’est un humain. Ca n’existe pas. Ca n’existe pas. Normal. Humain. Tout va bien. Humain. Hum…

J’étais intrigué, c’était une des premières fois que quelqu’un semblait avoir peur de moi. J’avais vu des hommes étonnés, attirés, dégoûtés, mais jamais effrayés.

Je me tournais à nouveau vers la vitre. Non, à part deux cocards en formation j’avais l’air tout à fait normal. Mon absence de dentition ne se voyait pas, j’avais la bouche fermée. Je ne comprenais pas.

Je me recoiffais et me déplaçais de quelques pas, pour me mettre dans son champ de vision. Ca a toujours marché. Toujours. Les coups et la faim n’ont jamais altéré le pouvoir que j’exerçais sur les hommes.

La seringue tomba au sol et il poussa un soupir. Je continuais de l’observer et les secondes passant il se détendit.

…Pour finir par se mettre à rire d’un rire de personne défoncée, terriblement à l’ouest. Il pointa son doigt vers moi et l’agita négativement alors que je le fixais, de plus en plus agacé.

-Nan nan, nan mon petit. Tu ne m’auras pas. Je te vois. Je te vois, et maintenant que je suis au 7ème, je peux le dire sans passer pour un fou. Je sais ce que tu es. Je te vois. Et tu ne m’auras pas.

Je me laissais tomber au sol, ébahi. Il ne se passait rien. Il n’éprouvait ni intérêt ni désir. Rien.

Il savait ce que j’étais alors que moi-même je l’ignorais.

Je venais de rencontrer Indigo.

Et il me voyait.

Par Absynthe - Publié dans : Le Grenat Bleu (Yaoi) - Communauté : Plaisir mutuel sans limite
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Mardi 16 novembre 2 16 /11 /Nov 18:50

 

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Et en ce lundi soir, étant donné que vous êtes des lectrices pourries gâtées, voici en exclu {je sais pas pourquoi je dis toujours en exclu.. c'est con en fait comme expression) le nouveau chapitre de Deadly qui vous auriez pu lire ENCORE plus tôt si vous vous étiez inscrite à sa newsletter sur son site en lien à droite!

Que dire sur ce chapitre? Ben je l'ai pas encore lu! Parce que dans ma grande générosité, je me dis que vous l'attendez autant que moi et que c'est rat de le lire en scred! Voilà, donc je vais le lire, et puis commenter ensuite, en même temps que vous, parce que les commentaires, c'est nécessaire. Surtout pour la survie morale de l'auteur. {Petite pensée pour mon chapitre snobé du Grenat bleu xD Même si les coms que j'ai pour l'instant reçus sont tout bonnement magnifique. Oui. Oui. Comment ça "c'est pas ton article ici, casse toi" ?! Ok Ok. Vous avez gagné.)

 

 

 

 

 

Chapitre 3

                Dante se gara devant une bâtisse de taille très respectable. Aussi respectable que pouvait l'être une demeure à Lima. Les maisons étaient serrées les unes contre les autres et ne se démarquaient donc pas à leur superficie au sol mais plutôt à celle de leur hauteur. N'ayant pas la place de se retourner sur leurs fondations, les murs poussaient donc vers le ciel. La plupart des habitations du coin avaient l'air rapiécées à force de leur rajouter des étages au fil du temps faute de moyens. Mais celle-ci aussi imposante soit-elle paraissait n'avoir été construite que d'un bloc. C’était surement la couche de peinture fraîche qui en recouvrait la façade qui donnait cette impression. Le blanc immaculé des murs en cachait partiellement les défauts. Andrès n’aurait jamais imaginé que la maison de cet homme puisse être… blanche. Il paraissait si sombre. Si… artiste. La banalité de cette teinte ne correspondait absolument pas à la personnalité apparente de Dante. Pour ce qu’il savait de lui en tous cas. Néanmoins, il se garda de tout commentaire.

                Ils entrèrent et le photographe lui indiqua sa chambre, au premier étage, reportant ainsi la visite guidée au lendemain, ce qui n’était pas pour déplaire au jeune homme qui tombait de fatigue.

—     Le chien reste en bas par contre.

—     Pourquoi ?

—     Je n’ai pas envie de voir les étages sens dessus dessous. C’est ça ou il dort dehors.

Andrès plissa le nez mais s’abstint de répondre. Il était bien trop épuisé pour une quelconque joute verbale, sujet polémique ou non. A peine eut-il passé le seuil de la pièce qui lui était attribuée qu’il échoua sur le matelas et s’endormit aussitôt. Il verrait le lendemain pour les détails pratiques comme la propreté et la faim. Le besoin vital le plus urgent à satisfaire en cet instant était définitivement le sommeil. Et il n’avait pas encore eu le temps d’y réfléchir que cette nécessité avait réduit son libre arbitre au rang d’esclave.

 

*

 

                Il n’ouvrit pas les yeux tout de suite. La chaleur qui l’enveloppait était bien trop douce pour qu’il lui préfère la lumière. Il n’avait plus l’habitude. C’était agréable. Il resta de longues minutes blottit sous la couette avant de consentir à laisser les rayons de soleil qui lui effleuraient la peau atteindre ses pupilles. C’était le réveil le plus doux qu’il eu connu depuis une éternité. Le jeune homme s’étira presque en ronronnant. Il s’assit dans le lit et se frotta les yeux avant de détailler la chambre dans laquelle il se trouvait. La pièce était plutôt sobre, dans des tons crème. Seulement une armoire, une commode et une table de chevet la meublait. Quelques photographies de couleur sépia, s’accordant très bien avec les couleurs de la chambre, ornaient les murs. Il y en avait trois. Andrès se leva et s’approcha de la première. Elle représentait un jeune homme aux cheveux mi-longs qui au premier abord n’avait pas vraiment l’air beau, il était même plutôt banal mais, son visage tourné vers le ciel arborait une expression d’émerveillement lointain et la lueur joyeuse qui brillait dans son regard donnaient au cliché un charme fou et rendait le modèle attirant. Du beau travail.

La seconde ne le détourna pas de cette impression. C’était toujours le même homme mais en pied cette fois. Il arborait un stetson sur le crâne et  des santiags aux pieds. Il était de dos sur le seuil de ce qui paraissait être une grange, la tête tournée vers la gauche, et légèrement baissée vers le sol, il lançait un regard en coin à l’appareil. La sensualité qui s’en dégageait était saisissante. Hormis la posture qui aurait juste été naturelle en d’autres circonstances, le corps penché sur le côté gauche mais si peu et le pied droit à quelques centimètres du sol, en mouvement, semblait si suggestive sous l’œil du photographe. Tout paraissait passer par ce jeu de regard auquel s’adonnait le modèle. Andrès eut du mal à se détacher de ce portrait.

La troisième en revanche était un nu. Le stetson était toujours présent mais servait cette fois à cacher les parties intimes du mannequin qui le tenait de sa main droite. Il se trouvait au milieu d’un champ. Ce qui ne le gênait pas outre mesure puisque, campé sur ses jambes très légèrement fléchies, il avait l’air plus qu’à l’aise. Mais là encore tout se trouvait dans son regard. La tête un peu penchée sur le côté et vers le bas, il fixait l’objectif sans aucune pudeur à travers ses cils, une lueur prédatrice dans les pupilles, défiant la personne qui l’observait de venir le rejoindre dans la seconde. Ce qui était sûr c’est que ce n’était pas pour jouer au scrabble…

Il se dégageait une telle force de ces photos. Mais surtout une telle sensualité teintée de sexualité ! C’était cela qui troublait le plus le jeune homme. Il ne doutait pas que le photographe qui avait réalisé ces clichés n’était autre que son hôte. Ce qu’il ne comprenait pas c’était comment un homme avait pu faire ressentir ces émotions à un autre homme. Il n’était pas naïf, il savait bien que l’homosexualité existait. Elle ne le dérangeait pas plus que ça mais il ne la comprenait tout simplement pas. Il avait du mal à saisir le fait que l’on puisse désirer franchir la ligne qui séparait l’amitié de l’amour avec quelqu’un du même sexe que soit. C’était incompréhensible pour lui.

Son regard dériva jusqu’au radio réveil qui trônait sur la table de nuit. Il était déjà neuf heures. Ça faisait très longtemps qu’il ne s’était plus levé aussi tard. Andrès sortit de la chambre et tomba sur un couloir. S’il se rappelait bien il était venu de la droite la veille et la salle de bain était la pièce en face. Vu l’odeur qu’il dégageait et le malaise qu’il ressentait il prit le parti d’aller se doucher avant de descendre. Seulement c’était sans compter sur Dante son sens de l’humour plutôt… insolite ?  Un vulgaire post-it était collé sur la porte : « On va dire que la salle de bain est Hors service ce matin. J’ai besoin de toi dans l’état dans lequel tu es en ce moment. Interdiction pour toi de prendre une douche. Plus vite tu me rejoindras dans le salon, plus vite tu pourras te débarrasser de ta crasse. PS : A gauche en bas de l’escalier, te perds pas. »

Le jeune homme abasourdit pesta. En plus d’être un connard médisant, c’était un sadique de la pire espèce ! Passant outre son avertissement, il poussa la porte. Il avait un besoin d’un autre ordre à satisfaire : où étaient les toilettes ? Il entra, fit ce qu’il avait à faire et se présenta devant le lavabo pour se laver les mains. En levant la tête il trouva un second post-it collé sur le miroir. « C’est à prendre ou à laisser, si tu ne coopères pas tu décolles dans la seconde. » Andrès écarquilla les yeux. Ce mec était taré ! Son reflet se crispa et serra les poings sentant sa patience commencer à se fissurer. Il se força à souffler pour se calmer. Ce gars avait juste besoin de quelques photos et ensuite ils ne se reverraient jamais. Alors il allait profiter de ce confort qu’il lui offrait au maximum avant de retrouver sa cabane en tôle. Lui qui s’offusquait du fait que le photographe ne souhaite que l’utiliser et se demandait auparavant combien de temps il aurait besoin de lui, espérait maintenant presque retourner « chez lui ». Presque. Pour quelques bonnes nuits de sommeil dans un vrai lit et des repas à l’œil il était prêt à supporter cet être. Il avait presque du mal à le qualifier d’humain.

Andrès descendit l’escalier et arriva dans l’entrée. Une légère odeur de tabac flottait dans l’air. Ce n’était pas la meilleure odeur qu’il n’eut jamais sentit mais ce n’était pas désagréable. Il se dirigea vers ce qu’il pensait être le salon et se retrouva dans une pièce qui s’ouvrait sur l’extérieur par une grande baie vitrée. La lumière y pénétrait à flot et rendait l’atmosphère agréable. La teinte jaune d’or des murs en paraissait plus douce. A croire que toute la maison arborait des couleurs claires. Étrange. Il avait juste l’impression que cela ne correspondait pas au photographe… Son regard tomba sur le canapé en cuir crème. Quand on parlait du loup… Dante y était installé, un beau chartreux sur les genoux qu’il caressait d’une main distraite, de l’autre il tenait sa cigarette et regardait à travers la vitre. Le jeune homme s’avança et son hôte se retourna.

—     J’ai cru que tu ne te réveillerais jamais ! C’est à ces horaires là que tu te lèves d’habitude ?

—     Non mais, j’étais épuisé.

—     Tu as faim ? Tu veux quelque chose avant qu’on parte ?

—     Un café je veux bien.

Dante se leva, posant son chat sur le sofa et fit signe à Andrès de le suivre. Il découvrit une cuisine plutôt moderne dans des tons taupe cette fois. Très agréable. L’inconnu, plus si inconnu que ça, lui tendit une tasse dans laquelle il venait de verser un café bien chaud.

—     C’est vous qui avez fait la déco ? Lui demanda Andrès en avalant le liquide brûlant.

—     Non, ce n’est pas ma maison. Un ami me l’a prêté.

Le jeune homme haussa un sourcil.

—     Prêtée ?

—     Oui, il ne vit ici que six mois par an, il est en Europe en ce moment.

Le silence s’installa tandis qu’il finissait sa tasse et que l’italien regardait par la fenêtre. Ce dernier se tourna vers lui.

—     Bon je t’explique, l’objectif d’aujourd’hui c’est de faire des photos de ton quotidien. On va donc faire comme si tu étais encore totalement à la rue et passer une journée comme tu en as l’habitude pendant que je te photographierais.

Son quotidien ? Le modèle tiqua un peu mais ne dit rien. Chacun ses délires. On ne contredit pas un artiste. Techniquement ça l’arrangeait de ne commencer que maintenant, ils n’auraient pas à passer par Gamarra et le montage de stand. Si les autres le voyaient débarquer avec un photographe européen ET riche il n’était pas sûr de retrouver son travail en le quittant…

—     On y va dès que tu as fini.

Andrès regarda le fond de sa tasse. Ça voulait dire tout de suite ? 

 

Par Absynthe - Publié dans : Sensitiv' Photograph' par Deadly - Communauté : Communauté gay
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Dimanche 21 novembre 7 21 /11 /Nov 21:55

La créa se permet de s'inscruster quelques lignes:

Les filles, je suis pas contente, et pas fière de vous!

Limite si je ne me sens pas comme une personne qui invite une nouvelle connaissance à rencontrer son cercle d'amis et que ces derniers se conduisent comme les derniers des bledars paumés en haut de leur montagne à trimballer leurs moutons sous le bras en riant grassement.

Je viens de m'apercevoir qu'il n'y a eu qu'une personne qui a daigné commenter sur le dernier chapitre. Si c'était moi qui publiais, j'arrêterai tout de suite le temps qu'on me donne ce qu'on me doit pour mon travail.

Toutefois, Inrain étant sympa, peut-être trop, le chapitre est tout de même publié.

 Je peux comprendre qu'une histoire sans yaoi au premier plan puisse rebuter, mais d'une: "Faut être aware les meufs", et de deux: en tant que créa je peux voir le trafic sur les pages et catégories du blog.

Donc je peux voir que le trafic sur cette histoire n'a pas faibli au fur et à mesure de l'avancée. Donc je peux aussi en déduire {elle peut faire plein de choses Aby, comme elle est forte!) que ce n'est pas parce que vous avez fui, mais bel et bien parce que vous avez la flemme.

Donc je vais simplement donner mon avis, en espérant que vos petites consciences se mettent en marche: Cette histoire, cette auteur méritent toutes deux votre attention. C'est pas tous les jours qu'une héroïne n'a pas l'air d'une abrutie. Si vous n'êtes pas convaincues par l'originalité de la chose, lisez ce chapitre, je crois que ça s'affirme bien comme il faut ici, et c'est une très agréable surprise.

Tout auteur mérite des encouragements, mais encore plus celles qui ont le courage de se lancer sur un défi, sur un blog qui regroupe des lectrices habituées au style du propriétaire. Parce que merde! C'est impressionnant!

La moindre des choses serait de la rassurer, de l'encourager et si certaines choses ne vous plaisent pas, lui conseiller pour la suite!

J'espère que cette intro à la cravache ne vous aura pas fait fuir et vous fera au contraire réagir! Mettez vous à sa place!

{Assommez moi au prochain point d'exclamation... -___-)

 

 

 

Yo !

 

Et oui, c’est encore moi. Je suis envahissante ^^. Chapitre 4 donc.

Alors puisqu’on en parle (dans le chapitre) je vais revenir vite fait sur pourquoi Prague et par ailleurs. Alors déjà c’était pour changer un peu de décor. Et après, cette ville en particulier, à cause de l’image qui suit. Je fais une fixation obsessionnelle sur le temps (j’ai 5 réveils et deux horloges dans ma chambre) alors pour moi cette horloge astronomique c’est… wow. Une merveille. Un des trucs que je veux absolument voir avant de mourir. Aucune idée de commun elle marche, mais bon. Et donc c’est pour ça que la ville de Prague m’attire tout particulièrement.

 

Et sinon, si certaines d’entre vous me lise et apprécie un minimum, laissez une petite trace de votre passage s’il vous plait, ça coute pas grand-chose.

 

Voilà !

 

Bonne lecture.

 

 

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Chapitre 4

 

                « Alors ? C’est qui ? Un fugueur ? Un échappé de l’asile ? Un rescapé de camps d’entraînement militaire top secret ? Un extraterrestre ? Un…

                -Mandy. Ta gueule. »

Cette réplique a des effets variables sur la jeune femme. Disons que ça dépend des jours. Parfois elle se tait aussitôt, parfois elle continue à piaffer comme si de rien n’était, et parfois elle boude. Aujourd’hui, le ciel est couvert, le vent mordant, et elle a décidé de bouder. Elle prend une moue d’enfant mécontente, faisant en sorte de cacher son visage derrière ses cheveux blonds, croise les bras sur sa poitrine généreuse, presque trop pour sa petite taille, et elle se met à geindre.

                « Mais allez, dis-moi.

                -Il s’est barré de chez lui, c’est tout. Il va rester chez moi, alors ne monte pas sur tes grands chevaux. »

Je suis irritée, par le froid, par mon écharpe qui me gratte le cou, ma moto qui pèse lourd contre ma hanche, je pourrais presque la supplier, me mettre à genoux pour qu’elle me laisse en paix. Presque.

                « Et pourquoi il était attaché au mur ?

                -Mais qu’est-ce que j’en sais moi ? Tu m’emmerdes avec tes questions. Lâche-moi. »

A mon grand regret, nos logements sont situés de telle sorte que je dois inévitablement passer la chercher en moto chaque matin. Enfin, c’est toujours mieux que lorsqu’on prenait le même bus. Au moins, sur ma vieille 125 rafistolée, on ne peut pas discuter. Par contre, elle me retient toujours devant l’entrée de son côté de la fac, pour me raconter ses histoires sans intérêt, avant de me laisser rejoindre mes propres bâtiments. Et elle piaille, elle piaille encore et encore, et je fini fatalement par l’envoyer promener.

                « Bon, j’y vais.

                -On se rejoint pour manger !

                -Ouais… »

Je me détourne aussitôt, remontant mon vieux sac en cuir sur mon épaule et traine avec peine mon tas de ferraille grinçant. Je pourrais me poser un peu plus de question, tout de même, sur le type que j’ai laissé sans rechigner s’installer dans la même pièce que moi. Mais je n’ai pas envie, va savoir pourquoi… Je fais un mouvement de tête nerveux pour dégager mes yeux de mes cheveux en désordre en soufflant, exaspéré.

Les emplois du temps à l’université sont généralement criblés de temps morts, de trous grands comme des séances de cinéma, d’horaires improbables et encombrantes. Et pourtant, le sort s’acharnant sur moi, il n’y pas un seul midi de la semaine où l’on ne peut pas manger ensemble, Mandy et moi, à part le mardi où je n’ai pas cours avant 13 heures. Alors je me farcis ses monologue tous les midis. Oh désespoir.

                Je ne lui ai pas dit qu’il ne se souvenait de rien, parce que ça aurait encore entraîné des dizaines de questions et d’interrogatoires interminables, et de « j’ai vu une fois à la télé… » et « je connais un type qui… ». Je suis sûre qu’elle me conseillerait de l’emmener chez un hypnotiseur ou un truc comme ça. Elle est très branchée spiritisme et ce genre de conneries. Enfin bref, j’ai préféré ne rien lui dire, et lui faire croire qu’Axel était son vrai nom, qu’il avait 15 ans (c’est l’âge qu’on lui a donné après délibération, en même temps que le prénom) et que le reste, j’en avais rien à foutre. Ça a eu l’air de lui convenir puisqu’elle m’a laissé partir. Je lui ai mentit tellement souvent, je ne suis plus à ça près. Et puis c’est vrai que je m’en balance.

                Du reste, Axel m’inquiète un peu. Il ne dort pas beaucoup, en tout cas pas la nuit, et surtout, il ne mange rien. Rien du tout. Peut-être qu’il grignote un peu la journée, mais en tout cas rien d’assez significatif pour que je le remarque en inspectant ma cuisine. Quand je lui demande il me répond « Je n’ai pas faim ». Je n’ai pas faim, sans cesse. Pourtant, il est tout mou, faiblard, encore plus que quand je l’ai récupéré, voilà près d’une semaine maintenant. C’est un type étrange. Il réagit comme un gosse devant les trucs les plus banales qui soient : quand j’ai allumé ma minuscule télévision l’autre jour, on aurait dit que j’avais inventé le concept sous ses yeux. Par contre, il fait preuve d’une maturité fulgurante de temps en temps. Hier, alors que je dînais en silence, perdu dans mes pensées, il m’a regardé fixement et m’a sorti :

                « Au final, rien ne remplace la famille, hein ? »

J’ai failli m’étouffer avec mon verre d’eau et lui en retourner une.

                « Nouvelle règle, coco : on ne parle JAMAIS famille. C’est clair ? »

Il n’a pas insisté, mais il est clair qu’il n’en pensait pas moins. Néanmoins, il n’a plus fait aucun commentaire, et le repas s’est achevé sans une parole de plus. J’avoue que je ne sais pas quoi penser de ce gamin. Un instant il est encore plus puéril que Mandy, et l’instant d’après il semble plus sage que mes profs. C’est assez déroutant je dois dire. Gonflant surtout. Je ne suis pas sûre de le supporter éternellement, celui-là.

                « Et donc, en étudiant indépendamment les deux réactions, on peut conclure que… »

Je fixe le ciel, encombré de nuages d’un blanc aveuglant, par la fenêtre de la grande salle de cours en tournant distraitement mon stylo bic entre mes doigts. Mon esprit est loin, tellement loin de cette classe et de tous ces gens, de ce professeur vieux de plusieurs siècles qui nous parlent de chimie organique comme si c’était la plus belle chose que l’homme n’ai jamais créé… Je jette un coup d’œil sur les notes éparses que j’ai pris sans y penser, soupire en constatant qu’une fois de plus je n’ai rien suivi.

                « Si on suppose que l’ordre global est de un par rapport à… »

                J’ai choisi la fac de science comme j’aurais pu choisir n’importe quelle autre fac, à part histoire bien sûr, parce que là-bas, il y a Mandy. Je n’ai pas d’ambition, pas d’envie particulière, aucune passion. Il n’y a aucun domaine que je préfère à un autre, ils reçoivent tous une part égale de mon indifférence – et de mon ignorance. Ainsi, les cours ne me m’intéressent pas plus que ça, et j’y assiste plus par dépit qu’autre chose. Pour ça, je ne peux qu’envier – et respecter – Mandy : elle étudie et elle bosse pour ce qui la passionne, pour faire le métier qu’elle veut réellement faire, pour avoir un but, et l’atteindre. Moi je n’ai pas de but. Pas de projet, pas de rêve. Encore une fois, le fait d’avoir abandonné ma maison et ma famille pèse sur ma conscience, aussi lourde qu’une chape de plomb. Je ne me sens pas capable de décider de mon avenir. Finalement, après tout ce temps, je n’ai toujours pas tourné la page, je n’ai toujours pas avancé depuis ce jour où j’ai claqué la porte du domaine familiale en hurlant que je n’y remettrais plus jamais les pieds. Sans doute parce que je sais au fond de moi que c’était une erreur monumentale. Je me punis encore, en gâchant ma vie.

                Ainsi les cours défilent sans me toucher. Ma participation, mon assiduité sont mécaniques ; j’écris ce que j’entends sans chercher à comprendre,  je fais ce qu’on me dit sans me demander pourquoi. Les autres élèves de ma promotion ont abandonné l’idée de m’intégrer à leur groupe. Ils se contentent de regard amicaux, de signe de tête évasif, certains risquent parfois un sourire auquel je ne réponds jamais. Ce monde m’indiffère totalement. C’est avec un certain soulagement que je vois mes cours s’achever. La journée du vendredi est la plus longue et la plus harassante. Le reste de la semaine, j’ai suffisamment de temps libre pour bosser au vidéoclub près de la fac,  L’argent ne fait peut-être pas le bonheur, mais en attendant, si t’en as pas, t’as peu de chance d’être heureux. Va irradier de bonheur quand t’as rien à bouffer…

                Je me suis habitué à Prague. Cette ville, splendide à mon sens, me fait beaucoup plus d’effet que Berlin où j’ai pourtant vécu plus longtemps. Enfin, je ne me suis jamais sentie appartenir à un pays de toute façon. Mon père était américain, ma mère juive polonaise, on vivait en Allemagne, puis je suis partie à Prague… donc je n’appartiens à nulle part. Mais bon, à Prague, il y a l’horloge astronomique, que je vais voir quand j’ai envie de tuer tout le monde. Je l’aime beaucoup, cette horloge.

                Je gare ma moto dans le hall d’entrée de l’immeuble, sous l’escalier. Je n’en prends pas particulièrement soin, sans doute parce que je sais qu’elle ne m’appartient pas vraiment, même si elle me rend bien service, cette petite chose rouge et bruyante. Je l’attache sommairement dans un recoin inutile, à un tuyau de plomberie mis à nu par quelques coups de pied dans le mur jaune défraichi.

                « Bonjour Stef’ ! Tu vas bien ? »

Samuel, le propriétaire. Age indéterminé, origine indéfinie, appartenance à l’espèce humaine sérieusement remise en question. Même Mandy n’est pas aussi souriante.

                « Très bien. Tu m’excuses, je monte, je suis crevée.

                -Bien sûr ! Bonne soirée ! »

C’est ça. Je monte à l’appartement, trainant mes vieilles baskets sur les marches usées, tandis qu’il regagne son logement du rez-de-chaussée, en continuant de surveiller discrètement les allers-et-venus.

                Comme d’habitude, Axel comate sur le lit, pâle et sans force. On dirait que même sans la lumière du soleil, le seul fait qu’il fasse jour lui est douloureux. J’ai cherché sur internet (sur les ordis de la fac, pendant un cours ennuyeux) de quelle maladie il pouvait bien souffrir, mais à part une allergie ultra violente aux UV, rien ne colle vraiment. Il n’avait pas de médicament sur lui, en fait, il n’y avait rien dans les poches de son vieux jean troué, ni papiers, ni argent, ni portable, ni un indice quelconque sur son identité. J’ai dû lui prêter des vêtements – une chance pour lui que je ne sois pas très féminine. Mes fringues sont même un peu grandes pour lui.

                « Ax, ça va ?

                -Hmm. »

Il remue à peine. Je sais qu’il retrouvera son entrain aussitôt que le soleil sera couché. Un vrai vampire ce mec. Je pousse la vaisselle salle et les restes de mes précédents repas pour m’installer au comptoir et faire semblant de bosser – ça soulage ma conscience. J’assiste de moins en moins aux cours, ces derniers temps. Il faudrait aussi que je fasse un peu de ménage, ou au moins que je ramasse quelques affaires, que l’on puisse circuler un minimum. L’espace est si réduit que le moindre objet qui traine fait figure d’obstacle infranchissable. Généralement, je pousse tous sous le clic-clac, ou j’entasse mes maigres effets sur les étagères en métal collé contre un des murs blancs cassés – ou sales, ça dépend du point de vue.

                Quelques heures plus tard, c’est le moment de dîner, et il a retrouvé son état normal. Enfin, il a l’air drôlement faible, quand même.

                « Toujours pas faim ?

                -Non. Juste soif. »

De mieux en mieux. Il n’esquisse pourtant pas un geste pour se prendre un verre, et puis je ne vais pas le servir non plus. Il se débrouille. J’expédie mon repas en vitesse ; je suis crevée. Mon couvert se retrouve dans l’évier, je range sommairement le coin cuisine, mets les restes de côté tandis qu’il reste planté à côté du comptoir encombré, l’air de ne pas savoir quoi faire de son corps.

                « Bon, je vais pioncer moi. Tu restes debout ?

                -Ouais. Je me coucherai plus tard. Bonne nuit.

                -‘Nuit. »

Je me douche rapidement avant de rejoindre mon lit, en boxer et t-shirt trop court. Il s’accommode plutôt bien de mon manque de pudeur et de mon hygiène de vie déplorable qui me fait manger, dormir et me laver à n’importe quelle heure. En même temps, lui, il dort le jour, alors il n’a rien à dire.

 

O

 

                La douleur. Une douleur cuisante, lancinante, insoutenable.

                Je me réveille en hurlant, envoie un coup de pied au corps penché sur le mien, et puis un autre, et encore un autre. Axel. Il m’a mordu ce con ! Je sens l’hémoglobine s’écouler le long de mon épaule tandis que je lui assène encore quelques coups de pieds dans les côtes pendant qu’il est à terre. Il gémit. Je me calme, et allume finalement à tâtons la lampe de ma table de chevet.

                Un vrai carnage.

                Il y du sang plein les draps anciennement bleu ciel, et qui macule ses – mes – vêtements. Il me regarde d’un air hagard, le visage barbouillé de peinture rouge, l’air paumé. Il gît comme un animal blessé sur le parquet. Je suis furax.

                « Espèce de petit bâtard de merde, qu’est-ce que tu croyais faire ? »

Je le frappe à nouveau, violemment, il geint encore, et je me recule brusquement, comme s’il m’avait giflé. Il pleure. Les larmes dévalent ses joues creuses en un torrent aussi abondant que celui qui s’écoule de mon épaule douloureuse. D’ailleurs je ferais mieux de m’occuper de ça. Je presse le drap – qui de toute façon est foutu – sur la plaie, tout en continuant de l’observer. Je ne pense pas que ce soit la douleur, il a plutôt l’air paniqué, nageant dans l’incompréhension la plus totale, exactement comme moi. Ses grands yeux hagards s’agitent dans toutes les directions et il se mord la lèvre inférieure, les bras serrés autour de son corps comme pour se protéger. Je perds toujours du sang, je vais finir par tourner de l’œil. Ce n’est pas une bonne idée, il risque vraiment de me tuer, cette fois. Merde, je commence à voir trouble. Il faut que je me tire, au moins que je m’enferme dans la salle de bain ou que je l’enferme dans l’appartement. Il se relève déjà, titube un peu en grimaçant parce que je lui ai sans doute brisé une côte. C’est à moi de me retrouver face contre terre, le sol s’est dérobé sous mes pieds.

                « Stef’ ! »

Tout devient noir.

 

O

 

                Je ne sens plus mon corps, mes membres sont lourds comme du plomb, et je vois flou. Mais il faut croire que je suis vivante, qu’il me reste quelques litres de sang dans les veines, et je ne suis visiblement pas enchaînée nue aux pieds du clic-clac, ce qui n’est pas un si mauvais constat au final. Le plafond finit par se stabiliser, je jette un coup d’œil dans la pièce, remue un peu, ce qui attire l’attention de l’adolescent accroupi près du lit.

                « Stef’ ? Tu es réveillée ? Ça va ? Putain je suis désolé, je suis vraiment désolé…

                -C’est bon, ferme-la, aide-moi plutôt à me lever. »

Il s’exécute en silence. La tête me tourne atrocement, je tiens assise avec peine, appuyée contre le mur. Il semble mort de honte, accablé par les remords, la culpabilité, les doutes.

                « Bon, déjà, rapproche-toi.

                -Hein ?

                -Approche-toi je te dis. »

Et un poing dans ta gueule, un. Sa tête part sur le côté, même si je n’y ai pas mis toute la force que j’aurais voulue car elle me fait défaut en ce moment. Il se retourne vers moi, perturbé, à genoux sur le lit.

                « Voilà, maintenant on est quitte. Alors explique-moi un peu. C’était quoi ça ? T’as pris de la drogue ? T’as fait une crise de folie ?

                -Non…

                -Alors quoi ?

                -J’avais juste… Soif. Je te demande pardon. Si tu veux que je m’en aille je… 

                -Ah, mais tu vas la fermer oui. Comment ça, soif ? Soif de quoi ?

                -De sang. Ça va mieux maintenant. Je ne me sens plus mal.

                -Attends, tu déconnes là ? »

Je retombe comme une masse sur le matelas usé en grimaçant – il est vraiment fin ce truc. Je ferme les yeux, inspire et expire profondément, toujours en essayant de conserver mon calme. Je me sens un peu nauséeuse. Il a épongé sommairement le sang qui avait coulé sur mon épaule mais ma peau est tout de même collante, poisseuse, dégageant une odeur entêtante et métallique.

                « Attends… on récapitule tu veux ? Tu ne supportes pas le soleil. Tu ne manges rien, par contre tu as eu soudainement envie de boire mon sang, et d’après la douleur qui me lacère l’épaule gauche, je devine que tu as les dents suffisamment aiguisés pour y parvenir. Donc j’en conclus… »

                C’est n’importe quoi. Complètement absurde. C’est une mauvaise blague.

                « On se croirait dans un mauvais film de la chaîne suspens du câble, genre deuxième partie de soirée. »

Je ris nerveusement sans trouvé ça drôle, et il garde le silence, les yeux obstinément rivé sur le matelas, sa joue rougissant à vue d’œil – mon coup à quand même eut un tant soit peu d’effet. Je ne suis pas sûre de comprendre ce qui se passe. 

                « Ou encore pire, dans Twilight… »

Oui, j’ai vu Twilight. Le premier épisode. Mandy était partie une semaine chez ses grands-parents quand il est sorti, et bien sûr à son retour, toutes ses copines s’étaient déjà précipitées pour le voir, deux fois pour certaines. Alors elle m’a suppliée, harcelée sans relâche parce qu’elle n’était pas capable d’y aller seule, et j’ai accepté à condition qu’elle me paye la place, les pop-corn et le menu best-of du MacDo juste avant. Et bien même comme ça ce n’était pas équitable. Parce que je ne me suis jamais autant fait chier au cinéma, et la tournure est faible. Bien sûr, elle, elle avait des étoiles dans les yeux en sortant, elle a déjà lu les quatre livres, plus les autre sagas qui ont découlé de la vague « les vampires sont à la mode » pour adolescente en mal de frisson. Enfin bref, dans le film, la pimbêche fait sa petite liste d’indice troublant avant d’aboutir fatalement à la conclusion qui s’impose.

                « Un vampire… »

Aussitôt, j’éclate de rire, franchement cette fois, malgré mon mal de tête tenace. Ce son un peu incongru résonne contre les murs nus de l’appartement, enlevant encore un peu de crédibilité à cette scène absurde.

                « Putain, c’est n’importe quoi. Quelle connerie. »

Cette situation est trop stéréotypée pour être sérieuse. Déjà, l’archétype de l’héroïne qui n’en est pas une : exécrable, antipathique, de préférence avec une situation familiale compliquée. Second héros : un garçon sorti de nulle part, qui se révèle être un cadavre animé, et frappé d’amnésie, histoire de rajouter au côté dramatique. Personnage secondaire : la pseudo-meilleure amie présente exclusivement pour faire ressortir les défauts de l’héroïne et apporter les traits d’humanité sans lesquels le film serait trop pessimiste pour l’écran.

                « Quel scénario en carton.

                -C’est plutôt comique quand on y pense.

                -C’est carrément ridicule oui. »

Il esquisse un sourire timide et je reprends difficilement mon souffle. Alors comme ça les mort-vivant, ça existe. Mandy ferait une syncope si elle savait ça – et elle ne le saura jamais, bien évidemment. Je savais bien que les vampires ne brillent pas au soleil, où est-ce qu’ils ont été cherché ça franchement ?

                « Bon. Bah ça explique déjà ton allergie au soleil et ton anorexie. Remarque c’est tant mieux, parce que tu commençais vraiment à me faire flipper à rien bouffer comme ça. Et sinon… »

                Il faut bien qu’on résolve aussi la situation embarrassante qui a eu lieu plus tôt dans la nuit, si on veut avancer un minimum. Nous sommes assis en tailleur l’un en face de l’autre, et je le vois essayer d’éviter de me regarder, mais ses yeux sont sans cesse attirés par la croute qui commence à se former à la base de mon cou et qui m’élance douloureusement.

                « Ça va là ? T’as plus faim, ou soif, ou ce que tu veux ? »

Il baisse les yeux, honteux, en faisant signe que non.

                « Ravie d’avoir pu t’être utile. A part ça… Je ne t’ai pas fait trop mal ? »

Je désigne vaguement ses flancs où je me rappelle clairement avoir enfoncé mon pied rageur à plusieurs reprises.

                « Non, ça va. Je ne sens plus rien.

                -Attends, t’es sûr ? »

Avant qu’il ne fasse mine de protester ou simplement de répondre à ma question, je me redresse brusquement pour soulever son – mon – t-shirt rouge à l’effigie des Doors afin d’examiner l’endroit où j’ai passé mes nerfs. Je palpe légèrement son torse, remarque sans surprise que sa peau est désagréablement froide, cherchant à sentir les côtes que j’ai très nettement senti craqué sous le choc tout à l’heure, et sinon se casser, au moins être fragilisées. Il devrait être incapable de se tenir droit.

                « Rien. Intact. »

Je suppose que cela confirme notre théorie délirante. Nous nous regardons en biais sans savoir quoi dire. Quelle situation gênante… C’est bien pour ça que je n’aime pas les gens. Ils n’apportent que des emmerdes. J’hésite entre rire et simplement me rendormir. Ma tête me tourne, je choisi la seconde option.

                « Bref. Je propose qu’on se couche et qu’on reparle de ça demain. Je suis crevée.

                -Tu es sûre ?

                -De quoi ?

                -Tu veux que je reste ? Que je dorme là ? Tu n’as pas peur ? »

Je réfléchis un moment à sa question. C’est vrai ça, qu’est-ce que ça me fait au fond ? Peur ? Même pas la peine d’y penser. Un vague frémissement dû à la découverte scientifique peut-être ?

                « Non. Je m’en fous. »

Je m’étends de nouveau sur notre matelas de cinq centimètres d’épaisseur. Il me jette un regard incrédule, la  faible lumière de ma lampe fait briller ses yeux écarquillés de surprise.

                « Écoute, j’ai perdu quantité d’hémoglobine et je suis vraiment HS. On s’occupera des détails glauques demain.

-Il est déjà plus de quatre heures du matin.

                -Et bien tu vas pouvoir faire comme si il faisait jour alors. »

Il semble reconnaissant du détachement avec lequel je prends cette situation, même si je le soupçonne de le croire factice. Il a tort. Je n’en ai VRAIMENT rien à cirer… il se couche tout de même à bonne distance de moi, crispé. Je soupire discrètement avant d’être vaincu par cette soirée éprouvante. Si ça se trouve je ne passerais pas la nuit. Je pouffe discrètement de rire. Comment c’est possible d’apprendre un truc pareil avec autant de détachement ? J’ai un sérieux problème moi…

Par Absynthe - Publié dans : Un Vampire? Non merci! Par Inrainbowz - Communauté : Plaisir mutuel sans limite
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